L'imagination & le cadre : deux outils dans la création d'une histoire (BD, comics, mangas)
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I - L'imagination et le cadre
Il est peut-être un peu réducteur de parler de l'IMAGINATION et du CADRE pour désigner quelque chose de beaucoup plus vaste, en vérité, mais il nous faut commencer par exprimer les idées les plus simples pour qu'elles puissent nous servir, ensuite, de marchepied vers une pensée plus complexe.
Parlons donc d'abord de l'IMAGINATION et du CADRE.
Lorsque vous voulez créer une histoire, vous faites inévitablement face à ces deux éléments que sont l'IMAGINATION et le CADRE.
- L'IMAGINATION, c'est celle qu'il vous faut pour être créateur. Sans imagination, vous ne faites rien. L'auteur qui se creuse les méninges pour trouver de bonnes idées fait cela, il fait usage de son imagination pour inventer une histoire, la structurer au mieux, pour créer ses personnages, réaliser des scènes intéressantes, écrire des dialogues qui tiennent la route, etc. Prenez un artiste bourré d'imagination et comparez-le à cet artiste qui en a beaucoup moins, qui se heurte au fameux problème de la page blanche (il a beau se creuser la tête, il ne parvient pas à trouver des idées, à en collecter suffisamment, à les mettre bout à bout de manière cohérente...), et vous verrez que l'artiste qui a de l'imagination à revendre est toujours plus avantagé que l'autre. Je ne m'étendrai pas ici sur les outils qui peuvent vous permettre d'accroître votre imagination ou de vous libérer du fameux problème de la page blanche, j'ai décrit ces méthodes dans deux de mes livres, je ne peux que vous encourager à vous les procurer, à les lire et à les mettre en pratique.
- Le CADRE, c'est tout ce que vous allez délimiter. Vous allez par exemple vous fixer un nombre de pages ; votre BD, votre comic book ou votre manga fera tant ou tant de pages, et vous allez devoir vous débrouiller pour raconter au mieux ce que vous avez à raconter en tant de pages, ni plus ni moins. Ou bien vous souhaitez réaliser une histoire s'inscrivant dans tel ou tel registre : humour, science-fiction, heroic fantasy, érotisme, aventure, historique, shônen, seinen, shôjo, super-héros, etc., et c'est là encore un cadre qu'il vous faudra respecter. Ou, autre exemple, vous avez résumé votre histoire en quelques lignes, c'est cela que vous voulez raconter, c'est le thème de votre histoire, il vous faudra vous en tenir à ça, même si votre imagination débordante peut vous donner envie de déborder, de raconter en même temps des tas d'autres choses - il faut éviter le hors sujet, n'est-ce pas ? Le cadre, cela peut aussi être tout ce qui vous est imposé par un éditeur ou les convenances, la décence, et cetera.
Si l'on devait traduire en formes géométriques l'imagination et le cadre, on choisirait volontiers la forme du cercle pour représenter l'imagination et la forme du carré pour représenter le cadre.
L'imagination a, en effet, quelque chose de plus "souple", de plus doux, ondulé, de plus malléable ou adaptatif que le cadre qui, lui, nous apparaît comme plus "strict", à cheval sur ci ou ça, d'où les angles droits.
On pourrait parler ici de "quadrature du cercle" pour désigner le juste équilibre entre les deux et la maîtrise de ces deux éléments. On pourrait y voir aussi, suivant la même analogie, le compas et l'équerre du franc-maçon.
II - Le connu et l'inconnu
Maintenant que nous nous sommes familiarisés avec les notions d'imagination et de cadre, nous pouvons étendre notre observation au-delà de ces deux éléments pour en inclure deux autres, non moins importants, dans le champ de nos considérations :
- LE CONNU
- et L'INCONNU.
Qu'est-ce que c'est ?
- LE CONNU, c'est, comme son nom l'indique, ce que vous connaissez. Lorsque vous envisagez de travailler sur tel ou tel projet de BD, de comics ou de manga, vous ne partez pas de rien, vous partez de cela, de cette connaissance que vous allez travailler sur ce projet. Et même si ce projet en est encore à un stade très précoce, larvaire (vous avez un personnage, une vague idée qui vous trotte dans la tête, un thème, une scène...), c'est déjà là quelque chose qui fait partie du CONNU et à partir duquel vous allez construire tout le reste.
- L'INCONNU, c'est tout ce reste qu'il vous faut découvrir et que vous ne connaissez pas encore. En effet, si vous avez des idées pour ce projet, elles font partie du CONNU ; mais elles ne suffisent pas à faire de votre projet une histoire ficelée de A à Z, ces quelques idées peuvent même ne pas constituer encore une ossature solide ou juste approximative pour votre histoire, ce sont juste de petites idées intéressantes que vous avez là, en tête ou couchées sur le papier, rien de plus. Vous savez que vous pouvez vous appuyer sur ce peu, ce CONNU, pour travailler, mais vous savez aussi que le plus gros de votre travail, pour le moment, réside dans L'INCONNU, dans ce que vous ignorez encore. Vous ne savez pas encore, de A à Z, dans les moindres détails, tout ce que vous allez raconter (scénario) et la manière dont vous allez le raconter (storytelling). Tout cela fait partie pour le moment de L'INCONNU et ne sera porté à votre connaissance qu'au fur et à mesure, tout au long du processus créatif.
Voyez-vous le lien qui s'établit entre ces deux couples ?
- entre, d'un côté, l'IMAGINATION et le CADRE,
- et, de l'autre, LE CONNU et L'INCONNU ?
Le CADRE c'est en principe ce que vous connaissez déjà, c'est le CONNU. Vous savez que vous allez travailler sur tel projet, c'est un CADRE qui est fixé, c'est de l'ordre du CONNU. Vous savez que vous allez devoir travailler votre histoire en tant de pages, c'est là encore un CADRE qui est fixé, c'est de l'ordre du CONNU. Vous savez qu'à tel ou tel moment dans votre histoire tel personnage va devoir faire ci ou ça, c'est là encore un CADRE qui est fixé, c'est de l'ordre du CONNU.
Mais ce CADRE peut évoluer au fil du temps. Une idée peut en remplacer une autre au fil du processus créatif. D'abord vous vous dites qu'il va se passer ci et ça, ensuite, au fil du processus créatif, vous vous rendez compte qu'il serait peut-être plus intéressant de présenter les choses autrement, il se passera donc plutôt ceci et cela à la place. Votre CADRE a changé, et il faut vous y adapter. Ce changement survenu en cours de route vous était INCONNU au début, c'est un savoir qui ne vous est parvenu qu'ensuite. Vous avez plongé dans L'INCONNU en vous servant de votre IMAGINATION, et de cet INCONNU vous avez retiré un élément qui est désormais CONNU et qui est venu modifier votre premier CADRE.
III - Ce à quoi vous devez vous habituer
Les artistes doivent s'habituer à jongler avec ces 4 éléments :
- L'IMAGINATION ;
- LE CADRE ;
- LE CONNU ;
- L'INCONNU.
Quasiment tout le travail créatif repose là-dessus.
Lorsque vous vous dites qu'une histoire doit avoir un DEBUT, un DEVELOPPEMENT et une FIN (ouverte ou fermée), c'est de l'ordre du CONNU, c'est aussi un CADRE. Mais vous pouvez ignorer, par exemple, ce que les Japonais appellent le "kishôtenketsu" qui est une division de ce triptyque de base et incontournable (début, développement, fin) en 4 phases (ki-shô-ten-ketsu) qui doivent rythmer votre récit pour le rendre plus percutant :
- KI : vous posez ici le décor, plaçant vos personnages dans un contexte qui nous indique déjà de quoi parle votre histoire ;
- SHÔ : vous développez ces idées, les déployez, avec leur lot de lignes de moindre résistance (ce qui facilite l'avancée vers le but désiré) et d'écueils, d'empêchements, de freins, de difficultés ;
- TEN : ici, la tournure des événements nous fait atteindre à un point culminant, un moment charnière ;
- KETSU : enfin, tout ce qui précède trouve ici une conclusion ouverte ou fermée. Une conclusion ouverte nous ouvre les portes vers la suite (que va-t-il se passer maintenant qu'on en est arrivé là ?). Une conclusion fermée clôt définitivement un chapitre ou une histoire sans laisser envisager de suite.
Si vous ignorez tout du kishôtenketsu, cela fait partie pour vous de L'INCONNU, cela ne constituera pas pour vous un CADRE dans lequel vous allez pouvoir délibérément utiliser votre IMAGINATION pour créer votre histoire. Mais si vous connaissez ce kishôtenketsu et comptez vous en servir pour structurer votre histoire, votre narration, ce sera un CADRE dans lequel opèrera délibérément votre IMAGINATION.
Il existe en réalité des tas de façons de structurer une histoire pour la rendre intéressante, et j'aurai le loisir de me pencher là-dessus dans un prochain article. Ici, je tenais juste à mettre en relation cela (le kishôtenketsu), à titre d'exemple, avec ce que j'ai dit des 4 éléments dont nous devons tenir compte : l'imagination, le cadre, le connu et l'inconnu.
IV - Sur le plan cognitif, que se passe-t-il ? (1)
Plongeons maintenant un peu plus dans le domaine du développement personnel en lien avec ces 4 éléments.
Il peut être parfois difficile pour un artiste de faire face à L'INCONNU.
Il a déjà quelques idées en tête (LE CONNU), il sait qu'il aimerait raconter tel ou tel genre d'histoire, avec tel ou tel genre de personnage, mais n'est pas capable d'aller plus loin que ça, il peine à réunir d'autres idées pour compléter ce tout qui n'est pour le moment qu'un grand rien ou un petit pas grand-chose. Il fait face à L'INCONNU, à tout ce qu'il ignore.
Il ignore dans le détail tout ce que son IMAGINATION l'amènera à extraire de l'INCONNU pour enrichir le CONNU (ci-dessous).
Face à cette ignorance, il peut douter de lui : "Ai-je suffisamment d'imagination ? je n'ai pas beaucoup d'idées pour le moment, ça laisse à désirer, c'est clairement insuffisant, en l'état actuel des choses c'est nul... je ne suis peut-être pas assez doué, aussi doué que d'autres artistes, les autres artistes ont l'air de trouver facilement des idées..."
Cet artiste qui doute souffre d'un problème lié, dirons-nous dans le domaine du développement personnel, à "LA GESTION DE L'INCONNU". Face à L'INCONNU (tout ce qu'il ignore pour le moment) il se dit : "Je ne sais pas, donc je suis en dessous du niveau d'un artiste qui, lui, a des tas d'idées - lui il sait ce qu'il doit faire, tout est plus facile pour lui". En vérité, tous les artistes font face au même phénomène, certains en ont juste une meilleure compréhension ou ont plus de facilité à gérer le problème que pose L'INCONNU. Il faut que cet artiste qui doute comprenne que le propre de L'INCONNU est d'être à la fois
- UN GRAND VIDE ;
- et UN GRAND PLEIN.
C'est UN GRAND VIDE tant qu'on regarde vers l'avant et qu'on ne voit venir à soi aucune idée. L'INCONNU nous apparaît alors comme une zone d'ombre où ne règne que l'obscurité. "Je ne sais pas ce que je vais raconter, j'en sais rien, pour le moment j'ai pas d'idées, c'est le grand vide, le néant, l'obscurité la plus totale !" C'est la partie YIN (noire) de la figure taoïste.
Mais c'est UN GRAND PLEIN aussi dans le sens où toutes les bonnes idées qui viennent à la conscience de l'artiste très inspiré viennent de cet INCONNU. Au début, vous ne savez pas dans les moindres détails ce que vous allez raconter, c'est donc que tout cela se trouve encore dans L'INCONNU. Puis votre imagination vous permet d'aller puiser là-dedans tout ce qu'il vous faut pour compléter votre histoire, la ficeler au mieux ; c'est donc que vous avez réussi à faire émerger de cet INCONNU tout cela, tous ces éléments nouveaux qui, à présent, enrichissent vos idées premières (LE CONNU). C'est la partie YANG (blanche) de la figure taoïste.
Faire face à L'INCONNU en se disant : "Je ne vois rien pour le moment" est donc absolument normal. Tous les artistes vivent ça. Leur zone de confort, c'est LE CONNU, c'est ce qu'ils savent déjà. Mais s'ils restent dans cette zone de confort, il y a peu de chance qu'ils puissent avoir de nouvelles idées et ainsi compléter leur histoire. Pour la compléter, il va falloir qu'ils quittent leur zone de confort (LE CONNU) et qu'ils fassent un saut dans L'INCONNU, qu'ils acceptent de laisser venir à eux absolument tout et n'importe quoi, toutes les idées qui viendront à eux, les meilleures comme les plus nulles, les plus attendues comme les plus inattendues.
Car lorsqu'ils font ce plongeon dans L'INCONNU pour y puiser leurs idées, ils ne savent évidemment pas ce qui viendra à eux, ce qui va émerger de L'INCONNU. C'est donc cet état d'esprit que vous devez développer, nourrir : accepter toutes les idées qui vous parviennent, les meilleures comme les pires, les plus attendues comme les moins attendues. Laissez venir à vous tout et n'importe quoi, tout ce qui sort de L'INCONNU pour entrer dans le champ de vos considérations (LE CONNU). Ensuite seulement vous ferez le tri, conformément au CADRE (CONNU) que vous vous imposez. Vous vous direz : "Cette idée est bonne pour ci et ça, telle autre ne convient pas pour ce que je veux faire, etc." C'est de cette manière qu'on apprend "LA GESTION DE L'INCONNU" dans le domaine du développement personnel en lien avec le 9ème art (la création d'une BD, d'un comics ou d'un manga).
L'artiste qui sait ces choses n'est jamais inquiété devant le problème de la page blanche. Car celle-ci, en vérité, ne fait qu'exprimer le vide, le noir qui apparaît d'abord quand on se tourne vers L'INCONNU pour y puiser ses idées. Au début on ne voit rien, c'est le noir complet, c'est la page blanche. Ce n'est qu'ensuite, quand l'artiste se détend (quittant sa forme "carré" pour embrasser mentalement la forme du "cercle") et accepte de laisser venir à lui tout et n'importe quoi, n'importe quelle idée, sans chercher, tout de suite, à la modeler selon les CADRES qu'il s'impose, que les idées vont commencer à émerger. Et alors cet INCONNU qui lui paraissait si sombre, si vide, tel un néant pour la pensée, prend l'allure d'une corne d'abondance de laquelle émergent des tas d'idées toutes plus vivantes et colorées les unes que les autres.
L'artiste entre en phase d'inspiration, tout lui vient facilement, sans forcer. Des tas d'idées lui viennent, il les laisse toutes venir à lui, il n'a que l'embarras du choix et pourra donc choisir de conserver, d'exploiter, en temps et en heure, ce qui lui conviendra le mieux.
V - Sur le plan cognitif, que se passe-t-il ? (2)
Vous avez sûrement déjà entendu parler de la doctrine des deux cerveaux qui affirme qu'on a un cerveau droit et un cerveau gauche. Comme nous le dit le site psychologue.net dans un article consacré à ce sujet, "L'hémisphère gauche est le siège du langage, mais aussi de la raison, et c'est celui qui domine dans la majeure partie de la population Occidentale. On dit de lui qu'il est séquentiel, c'est-à-dire qu'il ne traite qu'une donnée à la fois, mais il est également cartésien et logique. Il a un fonctionnement précis, pour lequel une question a une réponse. [...] Au contraire de l'hémisphère gauche, l'hémisphère droit est celui qui préside à la créativité, à l'imagination, mais aussi aux pensées et aux émotions. Multi-tâches et complexe, il évolue en arborescence et favorise une vision globale des choses, permettant de découvrir plusieurs solutions à un problème."
Nous avons là un quelque chose qui évoque plus ou moins les deux couples dont nous venons de brosser le portrait :
- l'imagination & le cadre ;
- et le connu & l'inconnu.
Avec cette histoire d'hémisphère gauche et d'hémisphère droit, on a un troisième couple qui se forme et qu'on peut lier analogiquement aux deux autres.
Je n'aime pas beaucoup cette histoire des deux cerveaux car je ne la comprends pas toujours. Je comprends le concept, l'idée générale, mais dans les faits, en observant mon propre fonctionnement psychique, je ne peux pas dire que tels phénomènes que j'observe en moi se rapportent, de manière groupée, à tel hémisphère, et que tels autres phénomènes se rapportent à tel autre hémisphère. Nombre de phénomènes observables psychiquement par le truchement de l'introspection se rangeront facilement dans telle ou telle famille de phénomènes, mais ces familles de phénomènes ne seront pas forcément liées à tel ou tel hémisphère correspondant, selon la définition de la psychologie qui a énoncé la doctrine des deux cerveaux : tel phénomène fera appel à tel hémisphère qui correspond à la définition donnée par cette doctrine, tel autre phénomène fera appel quant à lui à un hémisphère qui ne correspond pas, tel autre phénomène encore fera appel aux deux hémisphères en même temps et d'une manière qu'on pourrait dire parfaitement équilibrée.
Néanmoins, que cette histoire des deux cerveaux me plaise ou non, elle rejoint analogiquement les idées soutenues par les deux autres couples, et c'est là tout ce qu'il nous faut retenir ici pour le moment.
Disons les choses comme je les pense : chez les artistes, il y a
- les intuitifs qui font tout au petit bonheur la chance et qui retombent toujours sur leurs pattes (pour les plus doués d'entre eux) ;
- et les cérébraux ou calculateurs qui aiment tout prévoir à l'avance.
Les INTUITIFS ont naturellement tendance à se laisser porter par leur IMAGINATION ou INSPIRATION DU MOMENT pour tout, y compris pour définir les CADRES ; tandis que les CEREBRAUX ou CALCULATEURS ont naturellement tendance à vouloir tout contrôler, y compris les idées qui doivent leur venir à l'esprit.
L'artiste cérébral ou calculateur adorera recourir à la MESURE et aux REGLES.
L'artiste intuitif détestera ça, et à chaque fois qu'il cherchera à s'imposer des règles, comme le "kishôtenketsu", tout chez lui s'emploiera à saboter son action, dans cette direction, afin de lui faire bien comprendre qu'une autre intelligence, plus subtile, plus intuitive, subsconsciente, doit être aux commandes de son action, et non pas cet intellect qui aime penser froidement à telles règles à observer scrupuleusement pour obtenir une bonne histoire.
Quiconque se familiarise, en pratique, avec ces phénomènes les rangera tôt ou tard dans deux catégories :
- L'INTELLECT ;
- LE SUBCONSCIENT.
Il admettra que L'INCONNU (ce grand vide qui devient chez l'artiste inspiré un grand plein, une corne d'abondance) relève de l'INCONSCIENT et du SUBCONSCIENT. Cela relève de l'INCONSCIENT quand la personne n'a pas d'idées (grand vide) ; et cela relève du SUBCONSCIENT quand la personne est inspirée (grand plein). C'est comme une porte. Quand cette porte qui donne sur L'INCONNU est fermée, l'artiste n'a pas d'idées, c'est le grand vide, le noir le plus complet ; l'artiste est totalement INCONSCIENT quant aux idées qui lui viendront par la suite pour compléter son histoire. Puis quand cette porte s'ouvre, la porte de son imagination ou inspiration, les idées émergent à foison, il ne sait pas d'où elles lui viennent mais elles lui viennent en nombre. Cet espace cognitif appelé "inspiration" est lié au SUBCONSCIENT, état intermédiaire entre l'INCONSCIENCE et la CONSCIENCE DE VEILLE ORDINAIRE, c'est un état de léger flottement où quelque chose de plus que l'intellect entre en scène.
Pour en parler, j'ai souvent recours à la fable de La Fontaine qui traite de LA GRENOUILLE QUI SE VEUT FAIRE AUSSI GROSSE QUE LE BOEUF.
Les idées qui émergent semblent venir d'un monde des idées qui a tout d'une corne d'abondance. Ce monde des idées, pour l'artiste inspiré, n'est plus voilé dans son INCONSCIENT (L'INCONNU), il se révèle à lui partiellement dans cet état de flottement cognitif léger à peine perceptible qu'est l'inspiration (SUBCONSCIENT), venant enrichir les idées de départ (LE CONNU) dont l'artiste avait CONSCIENCE (la conscience de veille ordinaire).
On peut ainsi tracer ce tableau :
L'intellect (la conscience de veille ordinaire) aurait beau essayer de faire sien, via la mémorisation, tout ce qui lui vient ou peut lui venir de cet espace subconscient (monde des idées) qui s'ouvre devant l'artiste inspiré, il n'y parviendrait pas. S'il s'y essayait, il serait comme cette grenouille de la fable qui se veut faire aussi grosse que le boeuf et qui enfle, enfle, enfle autant qu'elle peut pour ressembler à l'animal massif mais qui finit par exploser, tant elle n'est pas faite pour être à ce point volumineuse. Il se passe quelque chose de cet acabit avec l'intellect quand celui-ci se croit capable des mêmes prouesses que le subconscient. On se rend vite compte qu'il n'en est pas du tout capable. Le subconscient lui est, de ce point de vue, très supérieur, pour ne pas dire infiniment supérieur. La porte d'accès au monde des idées (le grand plein) est le subconscient. Et ce subconscient, on ne l'active à notre profit qu'en se mettant dans cet état cognitif de flottement léger qu'on appelle "l'inspiration" et qui consiste à être ouvert à toutes les idées qui nous parviennent, quelles qu'elles soient, bonnes ou mauvaises en apparence, attendues ou inattendues.
Les gens qui sont d'un naturel intuitif, en bande dessinée, comics ou mangas, remarqueront combien leur subconscient les guide, y compris pour échafauder une narration. Tandis que l'intellectuel essaye de construire sa narration en se servant des règles qu'il connaît (par exemple le kishôtenketsu), l'intuitif découvre au fur et à mesure où son imagination ou inspiration du moment cherche à le conduire. Il ne sait pas du tout où il va, vers quoi on le dirige, mais le découvre au fil du processus créatif et se rend alors souvent compte qu'il y a là comme une intelligence supérieure qui guide les opérations, émettant telles et telles idées, liant tels éléments à tels autres, de façon à ce qu'au fil du temps, à mesure que ce travail se déroule, apparaisse une image, celle du but recherché, de l'histoire qui va nous être racontée et de la manière dont celle-ci va nous être racontée. L'artiste qui est davantage guidé par son intellect éprouve le terrible besoin de savoir où il va, il accepte difficilement l'idée de se laisser ainsi guider "à l'aveuglette", il a besoin de repères, de savoir où il met les pieds, dans quoi il s'engage.
- Chez l'artiste intellectuel, calculateur, l'imagination ou inspiration du moment (subconscient) est subordonnée à l'intellect, à la conscience de veille ordinaire. C'est l'intellect qui commande, qui dirige les opérations, qui décide de tout ; l'imagination ou inspiration du moment n'est qu'un outil.
- Chez l'artiste intuitif, c'est l'intellect qui est subordonné à l'imagination ou inspiration du moment (subconscient). C'est l'imagination ou inspiration du moment qui est aux commandes et l'intellect qui est ravalé au rang de simple outil.
En vérité, les artistes affichent souvent telle ou telle tendance, préférence, mais idéalement ils devraient chercher à obtenir la maîtrise des deux phénomènes ou processus créatifs :
- ils devraient s'employer à maîtriser les choses de l'intuition, de l'inspiration du moment, de la réaction instinctive ou émotionnelle ;
- et ils devraient s'évertuer de connaître "les règles de l'art" (kishôtenketsu, etc.) qui, lorsqu'on les applique, permettent d'obtenir tel ou tel résultat.
Car les deux tendent à fusionner chez l'artiste qui cherche à les embrasser, à atteindre à leur plus grande maîtrise. Et cette fusion ne peut qu'offrir à son génie artistique davantage de pouvoir et de moyens au service de son art.
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