Mangas français : sens de lecture français ou sens de lecture japonais ?
Source image IA : Grok (x.com)
Faut-il travailler ses mangas, en France, dans le sens de lecture français ou dans le sens de lecture japonais ?
Tout dépend de ce que vous voulez faire en tant qu'artiste. Voulez-vous réussir dans la BD (en général) ou dans les mangas (en particulier) ?
I - Réussir dans la BD en général
Si c'est la BD, en général, qui vous intéresse (vous dessinez et avez envie de vivre de votre art), vous pouvez réaliser vos bédés sans avoir à passer par le format manga. N'importe quel style de dessin peut être utilisé dans l'univers "BD franco-belge", n'importe quel type d'histoire peut être traité dans l'univers "BD franco-belge". Tout ce que les Japonais racontent dans leurs mangas, vous pouvez le raconter dans une BD "franco-belge", dans n'importe quel style, y compris le style manga. Pas besoin, dans ce cas, de travailler dans le sens de lecture japonais qui ne vise en réalité qu'un public asiatique (qui lit de droite à gauche), rien ne le justifie.
II - Réussir dans les mangas en particulier
Si ce sont les mangas qui vous bottent, parce que vous vous passionnez pour la production nippone, ses codes, etc., vous aurez envie, naturellement, de faire "comme les Japonais" : travailler dans le format manga, dans le style manga.
- Vous pouvez pousser le mimétisme jusqu'à travailler avec le matériel communément utilisé par les Japonais, dans le sens de lecture japonais, etc.,
- mais vous n'y êtes pas forcé, vous pouvez utiliser le matériel que vous voulez, comme cela vous chante, dans le sens de lecture français, puisque votre produit s'adresse avant tout au marché francophone, à condition, évidemment, que les éditeurs français qui publient des mangas français acceptent de le faire dans le sens de lecture français.
Et si c'est le marché nippon que vous briguez, vous pousserez le mimétisme à l'extrême, essayant de dessiner comme un Japonais, travaillant avec les outils qu'utilisent les Japonais, dans le sens de lecture japonais, avec des onomatopées japonaises, etc.
Et si vous rêvez de faire carrière au Japon, de vivre au Japon, vous ajouterez à cela l'étude de la langue japonaise en vue d'atteindre à la maîtrise orale et écrite de cette langue.
III - Le rayonnement artistique français
Nous n'avons pas que de la BD "franco-belge" chez nous, le marché de la BD en France est occupé aussi très fortement par les comics US et par les mangas japonais. Il est donc normal que nous puissions subir l'attraction de ces produits artistiques venant du pays de l'oncle Sam ou du pays du soleil levant. En ce qui me concerne, j'ai cette vision triple du 9ème art :
J'ai subi artistiquement l'influence de ces 3 courants et cela ne peut manquer de s'exprimer d'une manière ou d'une autre dans mes travaux et ma façon de penser. C'est vrai pour beaucoup d'artistes en France.
Mais revenons aux mangas, car le sujet est intéressant. Les Japonais ont-ils créé leurs produits dans le sens de lecture occidental pour les vendre en occident ? Non. Ils ont dessiné leurs mangas dans le sens de lecture japonais, et pourtant les mangas ont fait fureur à l'étranger, à tel point qu'on publie en France des mangas dans le sens de lecture japonais et que les Français qui veulent faire un manga le font aussi dans le sens de lecture japonais, alors qu'ils vivent en France, que leur production s'adresse surtout à un public francophone et que le français se lit de gauche à droite. Le Japon a fait rayonner ses mangas depuis le Japon, comme le soleil ne s'abaisse pas à ramper à nos pieds pour se faire remarquer, il reste perché dans le ciel et rayonne depuis là. De même, les bédés de super-héros (Superman, Spider-man, Batman, les X-Men, etc.) n'ont pas eu besoin de s'adapter au marché international pour se vendre à l'étranger, les comics ont rayonné depuis les terres étasuniennes jusqu'à nous, conquérant nos cœurs. C'EST EXACTEMENT CE QUE NOUS DEVONS FAIRE EN FRANCE. Nous devons faire rayonner la BD "franco-belge".
Et comme le marché de la BD en France est très hétéroclite, c'est ce qui fait sa force, nous ne devons pas hésiter à utiliser tous les trucs & astuces qui ont fait le succès des produits US ou japonais, si cela peut nous aider à produire mieux, des produits de meilleure qualité, ou d'un meilleur rapport "qualité-prix", pour accroître notre rendement, mieux nous établir financièrement dans le marché du 9ème art en France et dans le reste du monde.
L'avenir de la BD française, c'est le mariage des différentes cultures artistiques qui aboutit à la création de produits nouveaux, hétéroclites, empruntant aussi bien à la production "franco-belge" qu'à la production US et japonaise leurs trucs & astuces - tout ce qui peut servir à faire grandir et prospérer (à faire rayonner en France et à travers le monde) le 9ème art français. La BD française n'est pas obligée de se cantonner dans son genre fétiche "album cartonné, grand format, couleur, etc." Elle peut faire plus que ça, elle en a les moyens.
J'aime beaucoup, pour la BD, le papier type manga, celui qui n'est pas blanc et lissé, brillant. Pourquoi si peu de bédés françaises sont-elles imprimées avec ce type de papier, alors qu'il est la norme pour les mangas publiés en France ? Combien d'artistes français se régaleraient, selon vous, à produire des bédés dans un format et type de papier comparables, disons, à la dernière édition en date de City Hunter par Panini ?
Pour info,
- nombre de page : 428 ;
- format : 15,1 cm x 21,3 cm ;
- prix : 16,99 €.
Pourquoi privilégier les éditions plus "luxueuses" (album cartonné, en couleur, papier blanc, lisse, brillant, relié...) qui sont faites pour les collectionneurs, au lieu de privilégier les éditions plus accessibles du type "produit de consommation courante" qui inciteraient davantage de monde à acheter des bédés françaises ?
Il y a beaucoup à faire dans le domaine de la bande dessinée en France, mais pas forcément dans le sens que l'on croit.
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