Nos différentes instances psychiques et leur emploi adapté au besoin


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Le psychisme humain est une machine complexe que nous pouvons nous représenter sous les traits d'une société/entreprise se composant de différents unités de travail : telle unité s'occupant de la production, telle autre de la recherche et du développement, telle autre de la comptabilité, telle autre des stratégies à mettre en place au sein de l'entreprise pour accroître le rendement des employés, tel autre de la vente, du marketing, de la publicité, telle autre du recrutement ou de la formation, telle autre de la direction ou du management, etc.

Pensez-vous réellement que le psychisme humain ne puisse pas être, de la sorte, comparé à une entreprise ?

Les gens n'ont pas l'habitude d'être très observateurs dès qu'il s'agit d'étudier leur personne psychique. Ils reconnaissent volontiers qu'ils ont suivi un certain parcours, dans leur vie, et que cela a plus ou moins modelé leur caractère, leur façon de penser, il savent aussi qu'ils sont traversés par des émotions, des sentiments, qu'ils pensent, qu'ils se souviennent, qu'ils manifestent de l'ambition, des rêves, etc. Tout ça, les gens le savent, mais ces mêmes personnes regardent beaucoup moins comment cela interagit pour créer en eux les dispositions de la réussite ou de l'échec quand ils entreprennent quelque chose.

Quand une personne se lance dans l'étude de la musique, voulant apprendre à jouer d'un instrument de musique, elle fait appel à des ressources psychiques qui ne sont pas du tout les mêmes quand elle étudie, par exemple, la comptabilité. Quand vous étudiez la comptabilité, c'est avec des chiffres que vous devez jongler, et pas avec des sons, des mélodies, le rythme, le tempo, etc. L'exercice de la musique et l'exercice de la comptabilité font appel, en nous, à des ressources psychiques différentes. Et ce sont toutes ces ressources psychiques différentes que j'appelle ici "instances psychiques". Car ces ressources psychiques différentes fonctionnent vraiment comme des individus à part entière : l'instance psychique qui s'occupe de la musique pense bien comme il faut penser à la musique, mais elle serait incapable de penser aussi bien dans le domaine de la comptabilité, elle y serait totalement à côté de la plaque, inadaptée. De même, l'instance psychique liée à l'exercice de la comptabilité serait incapable d'exceller en musique, elle n'a pas ce qu'il faut pour, elle ne pense bien que lorsqu'elle pense "comptabilité".

Les gens ne sont pas habitués à penser en ces termes. Ils se voient comme un tout, une personne non divisée, un Mr X ou une Mme Y, et ce tout peut librement s'adonner à la musique ou à la comptabilité. C'est ainsi que les gens se voient, comme des êtres plus ou moins complexes qui peuvent à leur guise passer de la musique à la comptabilité, ou de la comptabilité à la musique, et la personne, au dedans d'elle-même, s'adapte - dira-t-on - à son activité, musique ou comptabilité, sans trop avoir besoin d'y réfléchir. Elle ne se dit pas "je dois me mettre en condition pour faire de la musique" et "je dois me mettre en condition pour faire de la comptabilité". Elle fait ce qu'elle a à faire, dans toute son entièreté, avec tout ce qu'elle porte en elle de pensées, d'émotions, de connaissances, de souvenirs, de sensibilité, de mémoire, de compréhension et d'incompréhension, d'aisances ou de difficultés, etc. Jamais - ou très rarement - la personne ne se dit : "Pour faire de la comptabilité, pour penser et agir au mieux dans l'exercice de cette activité, je dois faire appel à des ressources psychiques qui sont différentes de celles dont je dois faire usage quand je fais de la musique pour bien penser et agir dans l'exercice de la musique". Et pourtant, ceux qui s'adonnent à de fines observations de leur être durant les différentes activités auxquelles ils se livrent, reconnaissent tôt ou tard que différentes instances psychiques sont à l'oeuvre.

Prenons un exemple facile à comprendre : un obèse qui a besoin de perdre du poids. Il y a chez cet obèse deux voix qui s'expriment :
  1. la première le pousse à manger, c'est une instance psychique qui lui fait voir la nourriture comme quelque chose d'agréable, de désirable, qui a toujours un mot à lui dire pour le pousser à goûter ci, à avaler ça, à absorber telle quantité de nourriture ; c'est une instance psychique qu'on pourrait désigner comme étant "l'instance du goût pour la bonne bouffe, pour la bonne chair" ; c'est une instance qui le pousse à se repaître, à manger plus qu'il ne faut - c'est le vice ou la passion pour la nourriture qui commande ici (on peut s'en passer) plutôt que la faim (qui pousse à répondre à une réelle nécessité) ;
  2. la seconde voix le pousse à se retenir de manger autant, elle le pousse à renoncer à ce plaisir de la table pour recouvrer la ligne, c'est la voix de la raison qui lui répète sans arrêt qu'il est trop gros, qu'il mange trop, qu'il devrait faire un régime, s'y mettre tout de suite, au lieu de continuer à s'empiffrer.
Nous voyons bien dans cet exemple qu'il y a deux voix, deux instances psychiques différentes, chacune pense à sa manière, poussant à faire des choses diamétralement différentes, comme s'il s'agissait de deux individus différents. On ne peut en effet pas dire que la voix qui pousse à manger à l'excès (le goût de la table) et la voix qui pousse à se retenir de manger (l'envie de perdre du poids) sont une seule et même voix, même si ces deux voix s'expriment chez une seule et même personne, monsieur X ou madame Y. Ce sont bien deux voix différentes, donc deux instances psychiques différentes qui sont ici à l'oeuvre, qui se manifestent.

L'instance psychique qui pousse à manger est sans doute très adaptée pour vous pousser à vous empiffrer, à vous nourrir, prendre du plaisir à table, à cuisiner, à apprendre à reconnaître ou différencier les différentes senteurs et saveurs, etc. Mais elle est totalement inadaptée au régime que vous devez faire, à la discipline que vous devez observer pour perdre du poids.

Pour perdre du poids, il faut cesser d'écouter la voix qui incite à manger et écouter, à la place, cette autre voix - cette autre instance psychique - qui elle est plus raisonnable, ancrée dans le contrôle de soi, dans la discipline, poussant à manger dans la stricte nécessité de ce qu'il faut avaler pour rester en bonne santé, mais fuyant les excès alimentaires qui sont la cause du surpoids.

En s'observant ainsi dans le cadre des différentes activités auxquelles nous sommes amenés à nous livrer dans notre vie de tous les jours, nous pouvons faire le constat que certaines instances psychiques sont plus adaptées que d'autres pour exécuter ces tâches et qu'il faut donc, en principe, pour bien faire, laisser les instances adaptées s'occuper des tâches pour lesquelles elles sont faites, et écarter les autres, ne pas les laisser s'exprimer en dehors de leur champ de compétence.

Vous avez sûrement déjà entendu dire - pour prendre un autre exemple - que "les affaires sont les affaires" et qu'"il ne faut pas mélanger les affaires et la vie privée". Ceci est une manière comme une autre de vous dire ce que je viens de vous dire, à savoir qu'on est en présence ici, en cette occurrence, de deux instances psychiques différentes :
  1. une instance qui est faite pour les affaires ;
  2. une instance qui est faite pour s'occuper au mieux des choses de la vie privée ;
et qu'il ne faut pas les confondre, laisser le père de famille s'occuper du business de l'entreprise, ni laisser le businessman s'occuper de sa vie familiale. Le mélange ne conduit jamais à de brillantes réussites, ni d'un côté ni de l'autre.

Prenez encore l'exemple du policier qui, dans son activité de policier, a besoin de faire montre d'une certaine poigne, d'un caractère propre - dira-t-on - aux policiers, pour bien accomplir ses missions de policier. Dès que ce policier rentre chez lui, retourne à sa petite vie de famille, il est préférable pour lui qu'il ne se comporte pas à la maison comme il se comporte sur son lieu de travail, s'il fait le policier à la maison sa petite vie de famille tranquille ne fera pas long feu.

Nous devons ainsi identifier les instances psychiques qui s'en sortent le mieux dans l'exercice des activités auxquelles nous nous livrons et faire appel à elles durant l'exercice de ces activités, et écarter les autres, celles qui n'ont pas leur mot à dire ici, n'étant pas faites pour telles activités mais pour d'autres.

Nous devons apprendre à faire appel, à volonté, à telle ou telle instance psychique (adaptée) pour accomplir ce que nous voulons accomplir. Apprendre à distinguer les différentes instances psychiques, apprendre à distinguer leurs différentes manières de penser, leurs différents caractères, les différentes connaissances qu'elles ont besoin d'acquérir, les différentes compétences qu'elles ont besoin de développer. Nous devons cultiver tout cela.




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