Ce matin, deux moineaux sont morts...
Image source : pixabay.com / KRiemer
Je marchais sur un trottoir, j'entendis un gentil petit vacarme : quatre moineaux se chamaillant pour un petit truc à manger. Ici, l'un des quatre parvenait à chopper le machin et se barrait là avec ; là, un autre le lui chipait et se repointait ici avec sa chose dans son bec ; les autres revenaient à la charge. Et la danse-querelle passait incessamment du trottoir à la rue - où des voitures (impitoyables monstres mécaniques) ne manqueraient pas de surgir une fois le feu vert allumé. Les voyant si pris par leur dispute que plus rien autour ne semblait les inquiéter, ni humains ni machines, je me suis dit : "Arrêtez ça tout de suite, vous allez vous faire écraser." J'aime ces petites bêtes. Mais les idiotes, sourdes à mes pensées, n'en firent qu'à leur tête. Le feu passa au vert, les monstres se mirent à rugir ; les oiseaux, aveugles et sourds, n'en firent pas grand cas, jusqu'à ce qu'une des voitures arrive à leur hauteur. Des quatre moineaux, deux s'envolèrent à temps. Les deux autres ? je les vis se faire rouler dessus. "Merde !"
On n'assiste jamais à ce genre de petit drame sans en tirer quelque leçon. À cela je crois, du moins. Quelles pensées me vinrent en tête ? Plusieurs.
- La vie souvent s'en va plus vite qu'elle ne vient. Et l'on ne sait jamais quand la faucheuse fera son apparition, à tout instant sa faux peut s'abattre sur nous. Homme ou bêtes, tous sont, de ce point de vue, logés à la même enseigne. Il ne faut pas l'oublier, pour ne pas oublier de se préparer - un peu, à défaut de s'y préparer beaucoup - à l'inévitable trépas qui nous attend peut-être au coin de la rue.
- Aveuglé qu'on est parfois par ses passions (les caprices du cœur), la voix de la raison devient inaudible. C'est vrai pour les humains. Pour ces moineaux, la raison est toute concentrée dans l'instinct de survie ; ici, la voix de celui-ci fut couverte (jusqu'à la rendre inaudible) par les cris du cœur affamé, jaloux, envieux, égoïste : "Je veux ça !" "Non, moi !" "Pourquoi toi ? non, moi !" "Pas toi, moi !" "Moi d'abord ! laisse-ça, ça me revient !" "Menteur ! voleur ! je l'ai vu le premier !" ("Piou-piou-piou-piou !" "Piou-piou-piou-piou-piou !" "Piou-piou-piou !" "Piou-piou-piou-piou !...)
- Nous focalisons toute notre attention sur des broutilles, cailloux que dans notre esprit nous transformons en montagnes, et ne voyons pas tout autour la menace qui gronde et qui s'apprête à s'abattre sur nous. Ces distractions, ici, qui nous empêchent de prêter attention à ce qui se trame là, sont parfois notre fait seul, parfois celui de l'ennemi qui veut fondre sur nous et qui, pour avoir l'avantage, désarme notre attention par ce biais. Questions : Cherche-t-on actuellement à nous distraire ? avec quoi ? Sur quoi concentrons-nous actuellement notre attention ? à quoi devrions-nous penser mais ne pensons pas à cause de cela ? Quel ennemi cherche à nous atteindre ? De quelle manière cherche-t-il à le faire ? Par quelles distractions nous maintient-il cognitivement à l'écart des plans qu'il est en train de dérouler actuellement ?
Ces deux petites âmes se sont envolées vers d'autres cieux, rejoignant leur mère conscience ou conscience de groupe. Les deux moineaux restants, frappés par le drame, témoins de la disparition soudaine de leurs amis, à présent silencieux, ont compris à quel point il pouvait être fatal de se chamailler au point d'en négliger la prudence, mère de sûreté. Ce qui ne tue pas rend plus fort.
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